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Il n'est pas de montagne plus haute que les marches de l'oubli

Bellevue 1960-1966 (2)


Le lendemain matin, une sonnerie stridente nous tirait de nos sommeils et la journée commençait par la toilette matinale, cruche d'eau froide parfois gelée durant les rudes hivers, et savons de sunlight...
C'est durant un de ces matins blêmes que je fis ma barbe pour la première fois de ma vie, sans savon avec les tout premiers désagréments du picotement et des éraflures.

Notre première occupation journalière était l'assistance à la messe matinale.Certains d'entre nous avaient pris rendez-vous le jour précédent avec un prêtre pour jouer le rôle d'enfant de coeur dans l'un des autels latéraux de notre chapelle. L'abbé Doudou était le plus rapide de tous : sa messe basse durait quelque 14 minutes chrono.

(le prix de la pension en 1965 était de 13.500frs, il fut augmenté de 500 frs à partir du 1/01/66...)

A l'issue de ce solide apéritif, nous descendions dans le grand réfectoire qui pouvait contenir jusqu'à plusieurs centaines d'élèves de tous âges.C'était une grande pièce carrée avec un haut plafond soutenu par des colonnes.
Des tables contigües pour une douzaine d'élèves attendaient leurs invités.Dans un coin trônait une grande chair de vérité ....d'où le préfet surveillait ses ouailles après avoir récité la prière et agité une petite cloche qui rythmait le début et la fin de nos repas.
Notre déjeuner se composait de pain, margarine et confitures
café, sucre, lait ou choco.
Après ce petit déjeuner, nous profitions d'une courte récréation avant les choses sérieuses (les cours!)Les élèves des 3 premières années d'humanités étaient casernés dans "la cour des petits" par opposition à "la grande cour" pour leurs aînés.
Les sports les plus prisés étaient le foot, le handball et la marche, ils nous était interdit de nous asseoir...et de rester devant les grilles de la façade principale donnant sur la ville, la collégiale et son imposante citadelle.
Dans chacune des cours de récréation s'enfilaient des urinoirs qui puaient à la ronde.
Les cours commençaient à 8h30 pour se terminer à midi interrompus par la récréation de 10 heures.Dès nos derniers pas dans la cour, nous respections un silence absolu jusqu'à 'entrée en classe.Mes souvenirs s'imprécisent quant aux rangs que nous devions faire pour nous rendre en classe.
Le repas de midi était constitué de plats froids oeufs farcis - jambon, salami, accompagné de pain avec un fruit ou un petit pot de  glace en dessert.
Les après-midi se déroulaient sous le même rythme que nos matinées avec des cours moins rigoureux tels que la religion , l'éducation physique ou le dessin.
Après la récréation de 16 heures, nous nous rendions à la salle d'étude pour y revoir nos cours, préparer nos interros du lendemain de 17 à 19 heures.A partir de 18 heures, les abbés pouvaient nous recevoir dans leurs bureaux de l'étage.Pour ce faire, nous déposions une bandelette de papier sur le bord de notre banc : "je désire me rendre chez Monsieur l'abbé..."
Ceux-ci nous recevaient sur rendez-vous.Les heures de départ de la salle d'étude et de fin d'entretien étaient inscrites sur ce mince papier et remises au surveillant pour vérification de nos allées et venues.
Beaucoup d'entre nous avaient leur préférence, certains se rendaient chez l'abbé Jacqmain où ils pouvaient trouver toutes sortes de documentations, d'autres, chez l'abbé Brich pour y grignoter une sibiche*, d'autres encore chez l'abbé Fiévez pour s'y détendre...Quelques uns ne nous voyaient que rarement.
Après l'étude et une courte récréation, le grand moment du souper arrivait pour mettre fin à la faim qui taraudait nos estomacs de jeunes pubers.
Le grand réfectoire nous réunissait à nouveau pour une plus longue libation: pommes de terre farineuses accompagnées de viandes cuites au bain marie ou ..............ou ses plats de langue de boeuf peu ragoûtante et de roastbeef de porc non dégraissés innondé d'une sauce visqueuse, une sorte de mélasse de farine, de  margarine et de saindoux...
Par bonheur, 2 ou 3 fois par semaine, les frites prenaient la place des pommes de terre.
Francis et Léon - 2 personnages atypiques sortis d'un atelier protégé -  passaient à grandes enjambées, entre les tables poussant une tablette à 2 étages sur laquelle s'étalaient les plats de frites et de viandes,  3 par table, c'était ceux qui en parlaient le moins qui en mangeaient le plus.Ce repas du soir était arrosé d'eau du robinet en carafe.Le dessert était souvent une crème vanillée ou chocolatée, un petit gâteau au macaron ou un fruit.
Pendant les 40 jours de carême, nous prenions ce repas du soir en silence, un aîné était chargé de lire des psaumes à la gloire de l'esprit saint.


 



24/04/2007
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