Hommage à ma soeur Gilberte

 HOMMAGE

 

 

 

Me voici à l'âge mûr de 67 piges, te perdant pour toujours

sur le chemin de ma vie,

 

Gilberte, j'aurai toujours le mal de toi...

 

Tu as toujours été ma seule référence, je pouvais te confier tous mes secrets comme à personne d'autre dans cette vie, je me souviens que lorsque j'allais loger chez toi ces dernières années, nous passions des soirées ensemble et nous conversions sur nos vies, sur nos projets et nos rêves.

 

Je t'ai confié tous les égarements de ma séparation et de mon divorce, avec pour unique élan du cœur, l'amour d'une femme qui ne s'est jamais refroidi, tu le savais, tu le mesurais, tu le redoutais, tu le regrettais.

 

Tu m'as souvent confié la mélancolie qui s'emparait de toi lorsqu'avec tes enfants, tu visitais ma petite famille d'Haine-St-Pierre à la Noël et que tes pensées ne pouvaient s'empêcher de vagabonder sur les chemins de  France .

 

Tu as du très certainement souffrir de me voir esseulé chez tes enfants devant  un couple nouveau et tu as du te dire ce jour là que j'avais perdu l'amour, tu avais une admiration certaine pour cette jeune femme, tu t'émerveillais à sa classe, à l'organisation de sa maison, à l'éducation qu'elle donnait à ses enfants,, tu avais avec elle des liens de cœur inestimables mais en même temps notre rupture faisait souffrir tes émotions les plus vives.

 

Pour toi, l'amour a toujours été indestructible et éternel, tu n'as pas vécu dans les tremblements du nouveau monde qui banalise les sentiments des hommes...

Je voulais te dissimuler cette banalisation que je redoutais, je n'ai pas pu l'assumer.

 

La seule image, le dernier souvenir que tu gardas de moi est ce couple fracturé que tu vécus pour la dernière fois lors de la communion de ton petit. Ce jour là, tu compris que tout était vain, que tout était sans retour, que tout était broyé dans mes sentiments intimes, que la mer avait effacé toutes les traces de nos pas, 35 ans en fumée...la vie...une vie d'homme....une illusion,...une perdition, un pardon obligé, une souffrance, une naissance, une fuite vers l'Afrique d'un premier amour, un ultime retour, une étincelle de sentiment, un vague à l'âme, un bateau ivre, un trait de plume , une escapade...une prison....la Vie !

 

Les beaux-parents...

Ils avaient su s'insérer dans ta souffrance de maman, très tôt, ils avaient compris que tu avais souffert...dans ta prime jeunesse et que tu avais tout donné pour élever tes deux fils dans l'amour des autres, quel ne fut pas leur art et leur tendre attention pour chaque semaine te préparer minutieusement la répartition de tes médicaments ! Quelle ne fut pas la tendresse de cette maman qui perdit son mari et son fils coup sur coup et qui t'entouras aussi de son amour de maman.

 

Tu vécus tous les paradoxes des hommes : de celui du mariage de ton fils cadet où tu rayonnais de toute ta beauté à celui de celui de ton fils aîné assombri par la perte du beau-père dans les jours précédents,  de celui où tu devais accompagner dans l'amour le calvaire de ton mari préservant tes fils de sa fin inéluctable, tu vécus les légitimes tensions d'amour entre tes deux fils et tu réussis à les rassembler, à les adoucir pour les unir une dernière fois avant ton départ. Tu vois,  l'image qu'ils ont donné de leur indéfectible fraternité devant un dernier adieu était encore un acte d'amour...de toi.

 

C'est cela ta grandeur, ton inestimable ensemencement, c'est ce qu'il restera de toi : un brin d'amour qui unit les hommes, une toute petite flamme qui les solidarise pour toujours...et aujourd'hui, de ton départ, je me sens comme le frère de tes enfants.

 

Toi, tu nourrissais  'l'amour pour tout le monde ' je revois cette photo d'Emilien et toi, je revois les yeux attendris de cet enfant vers toi... tu mesurais très bien ce qui le torturait, ce qui handicapait sa vie, tu mesurais toute ma souffrance et tu lui insufflais tous les espoirs du monde.Tu lui donnais ton propre combat pour la survie et il te comprenait dans les espaces de son adolescence intrépide.

Tu vois, c'est cet enfant qui me prit dans ses bras

avant que l'on ne te mette en terre

comme si tu étais toujours là...,comme si ma peine se transmettait

 

Ah ce Jean-Marie Chiliade, le plus fidèle de tes admirateurs, Jean-Marie a toujours eu toutes les attentions pour toi, c'est notre maman qui l'accoucha , un enfant inespéré issu du couple des plus grands amis de nos parents : Joseph et Marie-Henriette. Je me souviens que petit garçon, chaque semaine, tu quittais la maison pour te rendre avec papa et maman chez « les Crucifix » y jouer vos hebdomadaires parties de couyon namurois : « je vais, je passe, triomphe, couille... » vous m'aviez mis au lit , j'attendais le cliquetis de la grande porte d'entrée pour m'endormir au plus vite,  je frissonnais à l'idée d'être laissé seul...dans la maison vide, les temps anciens...Jean-Marie n'a jamais oublié tout l'amour que tu lui portas, dès sa petite enfance, tu l'entouras de toute ton affection et il te le rendit bien en te visitant souvent.

 

Et il y eu un certain Herman Rapier que tu notas même dans tes volontés dernières.

Herman était un garçon tendre. A l'âge de vingt ans, il vint loger chez nos parents, étudiant en topographie de l'université d'Anvers, il devait rédiger son mémoire et en journée, il arpentait les terres sorinnoises pour en mesurer les moindres dénivellations. Plus tard, il revint à plusieurs reprises à Sorinne avec ses parents, son père était un professeur de dessin, la vie vous sépara mais Herman ne t'oublira jamais, il t'écrira chaque année sans désemparer durant plus de 50 ans ! Tu ne le revis pas mais il était ton âme et tu emportes son image avec toi.

 

Mais il y eu surtout, d'abord et avant tout, après tes parents et moi, avant toutes les personnes qui sont venues sur ton chemin un homme avec qui tu partageas l'amour vrai, il eut pour toi toutes les attentions, lui aussi avec toi, participa à chérir vos enfants du mieux qu'il le pouvait, je me souviens de vos visites à La Louvière, il avait pour ses petits toute l'attention du monde, jamais, on ne vit semblable tendresse, lui qui avait sa carapace de « vieux jeune homme » endurci par la vie, lui qui avait refusé toute union de femme pour consacrer sa vie à sa propre maman, Alice.

Tu le lui rendis bien , je me souviens que très affaibli par cette mortelle maladie, tu le lavais côte par côte, JE LE VOIS ENCORE ASSIS à SA FENêTRE DU HAUT FORMANT sES DEUX GRANDS garcons dans la poursuite de sa petite fermette je me souviens de cette triste soirée entouré de tous les siens dans sa chambre du haut lorsqu'il s'endormit pour toujours les yeux ouverts après la piqûre de son fils aîné, c'est moi qui les lui ai refermés pour son ultime repos dans une autre lumière.

 

Je me souviens de l'effroi des deux gamins sitôt après cette inéluctable disparition

 

De ton côté, tu repris tout ton courage nécessaire pour qu'ils puissent mener à bien leurs études supérieures et devenir des hommes responsables

Tu entouras de toute ta tendresse tes cinq petits enfants dans l'attente d'une nouvelle naissance, sans doute un garçon intrépide et généreux

 

Et te voici à nouveau à côté de ton amour pour le plus grand des voyages,

vous voici réunis pour l'éternité,

je suis certain qu'il t'aide encore,

 

JE SUIS AUSSI CERTAIN QUE VOUS VEILLEREZ Sur nous tous

abandonnant vos douleurs

et jouissant de vos grands bonheurs célestes

je vous imagine tous les deux dans le paradis des dieux.

(à suivre)

 

toutes les photos de Gilberte dans sa jeunesse

ses lettres inoubliables

        
        
        

18/11/2014                                                      49 visites


23/09/2015
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