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Il n'est pas de montagne plus haute que les marches de l'oubli

Ici le soleil ne déchire plus le ciel

 

PARTIR

 

Aimer prendre un avion un matin glacial d’hiver pour une mission lointaine et longue

c’est mettre sa culture en bandoulière et prendre le risque de se perdre.

Perdre ses repères pour retrouver, au bout du compte, les essentiels.

Mais auparavant il faut accepter les mystères de l’inconnu, ses troubles et ses dangers, d’autres intelligences,

d’autres cœurs, d’autres bontés, d’autres beautés.

Accepter de ne presque rien savoir des faits et gestes, des paroles de ceux que l’on aime.

Savoir partir le cœur léger malgré les séparations, tout laisser sans rien laisser.

C’est aussi assister au spectacle de la pauvreté, impuissant.

Chercher d’autres demains, s’approcher des autres, doucement.

Aimer les soirs incertains dans une capitale inconnue, les aubes douteuses...

Préférer les flottements de l’âme aux certitudes du savoir.

Croiser le regard d’un enfant pauvre de la brousse ou celui hautain d’une femme peul.

Aimer les horizons qui reculent et les faire reculer si besoin est.

C’est savoir que l’on ne rentre jamais indemne d’absences au long cours.

Revenir sans jamais vraiment revenir, prendre le risque de devoir repartir, vouloir rester et partir.


Partir c’est accepter les points  de non-retour.

 

 

Bonjour, 

 

Je suis rentré dans ma Belgique ce dimanche 3 mars aux petites heures dans un aéroport mélancolique et silencieux. Dès les huit heures du matin, direction le carnaval de Binche avec toute la famille, bain de foule, masques, perruques, trompettes, violes, tambours, bières, danses... un tourbillon de couleurs et de sons.

 

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Je m'envole ce samedi 17 mars, deux jours avant la St-Joseph vers mon nid d'Afrique, déjà..

Le temps de quelques démarches, de visites familiales, de l'approvisionnement des derniers médicaments, le temps d'un battement d'aile d'hirondelle.

 

Tout retour vers ma terre natale est une joie et une blessure éphémère

 

Le joie furtive de retrouver les siens, les enfants, les petits-enfants, les rares cousins et neveux. Ici,tout est programmé, tôt le matin après le lever des hommes toutes les familles se désagrègent, les uns sur le chemin de la crèche, les autres vers l'école gardienne et l'école primaire, vers une mammy gardienne des petits malades, les grands vers les grandes sociétés, l'administration, la polytec, les Petits Riens, voici toute ma famille, explosée...

Ici, les hommes n'ont jamais le temps d'attendre.

Ils courent sans cesse après des rêves qui ne les rattrapent jamais. 

LE TEMPS programme les hommes dans le labyrinthe furieux et dévastateur de leurs vies.

 

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Dehors à la fenêtre de ma modeste garçonnière, j'aperçois ce ciel gris et bas surpeuplé de nuages de pluie, ici le grand soleil ne déchire plus sa beauté céleste. Les éléments naturels renferment les gens dans leurs hardes hivernales. Le vent d'ouest, la pluie et le froid glaçant me transpercent de part en part. La nature s'est assoupie dans son sommeil.

 

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La blessure éphémère de cette séparation avec cette femme amoureuse, l'Afrique, ce grand soleil qui se lève chaque matin pour réchauffer le coeur des hommes, ce ciel d'un bleu lumineux qu'aucun nuage ne dérange, tous ces petits marchés faits de tôles et de carton, ces vendeurs de café au coin des ruelles, ces chèvres et ces moutons qui traversent les routes et accompagnent les touristes blancs dans leurs balades, tous ces petits artisans à l'oeuvre de grand matin, les ferronniers, les boutiquiers, les jardiniers, les brosseurs de rue, les maçons, les artistes peintres, les sculpteurs de statuettes, les ramasseurs de poubelles, les laveurs de voitures, les réparateurs de vélos, les petits déjeuners sous la toile, les poignées de mains: le sourire des hommes...

 

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Ici, LE TEMPS n'a pas de mesure, il ne bouscule pas les hommes, ici les hommes et les animaux déambulent chacun à leur cadence, ICI LE TEMPS N'EXISTE PAS!

 

Les familles ne sont pas des ruptures de générations, chacune d'elle est une grande tribu solidaire et fraternelle.

 

La maison des hommes se trouve dehors dans l'harmonie des rencontres infinies. Ici, la nature ne s'endort jamais, elle fleurit la vie de toutes ses fleurs parfumées.

Ici, les jours et les nuits ne bougent jamais.

 

Les hommes vivent l'éternité.

 

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Un voyage se fait toujours trois fois...

Une première en rêve, en imagination,

au ras des cartes.

Une deuxième le long des routes,

dans des bus rapiécés,

dans des gares en attente

d’hypothétiques trains,

dans des hôtels douteux ou des jardins radieux.

Enfin une troisième et interminable en souvenir,

dans la présence d’instants

qui vous constituent désormais

et que rien ni personne ne peut effacer.

Elisabeth FOCH - Journaliste française - Prix Nadal 1990 



08/03/2019
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