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Il n'est pas de montagne plus haute que les marches de l'oubli

Il y a des peurs qui sont plus violentes que des ouragans

 

La peur est ce qui nous a principalement motivés dans l'histoire de notre évolution.

Une peur du danger.
Le danger de ce qui menace notre existence.
Aux premières heures de l'espèce humaine, il nous a fallu nous protéger.
Pour nous protéger, il fallait étudier le danger.
Nous avons étudié et nous nous sommes protégés.
C'est ainsi que nous avons façonné un monde plus sécurisé pour l'homme.

Les limites de notre ignorance ont été repoussées, sans cesse, si loin qu'au final nous avons perdu de vue l'étendue de ce qu'il en restait pour nous glorifier de nos connaissances.

La peur atavique est cependant toujours bien encrée dans nos caboches. Elle explique notre intolérance face à la différence, notre besoin de nous réfugier dans les idéologies fondatrices, notre nécessité à nous accrocher à tout ce que nous avons bâti.

Je ne peux m'empêcher de considérer que ce qui nous lie est tellement plus fort que ce qui nous différencie, tous, les uns les autres, à travers le temps et l'espace.Nous sommes tous fondamentalement égaux face à la nature de notre condition. Nous craignons, au final, les mêmes choses. Nous ne comprenons pas ce que nous faisons sur cette terre, nous refusons de n'être que des animaux errants sans but, - pourquoi avoir conscience de tant de choses s'il n'y a pas de but?-, nous ne savons pas et ne saurons jamais ce qu'il y a après la vie... Nous avons donc peur.

Et s'il n'y avait pas de quoi avoir peur?

Nos voisins sont nombreux à penser les choses autrement. Il ne s'agit pas de quitter une croyance pour en adopter une autre - je pense au bouddhisme, par exemple- mais il s'agit de faire ce travail de questionnement, un travail sur soi, avant tout. Essayer de concevoir cet incroyable fait que nous sommes faits des mêmes atomes qui composent l'univers et qui existent depuis le mur de Planck. Concevoir que nous n'avons rien inventé et tout transformé, au final.
Mais le plus important, quand on observe la marche de la nature, depuis ces milliards d'années, c'est d'accepter que la vie trouve toujours un moyen de persister - conatus- , que ce qui précède la naissance et succède à la mort n'a rien d'effrayant. De toute façon, nous ne savons pas ce qu'est la vie puisque nous ne pouvons la définir autrement que par rapport à la mort dont nous ignorons tout, si ce n'est qu'elle est absence de vie là où il y avait vie. Nous ne la définissons que par ses manifestations, son fonctionnement biologique. C'est vrai, alors, qu'il est compliqué d'être quand on ne sait pas vraiment ce qu'on est.

Cependant, l'inconnu ne doit pas être source de méfiance, d'appréhension tout au plus. Il n'y a pas de justice ou d'injustice, ni de fatalité, de morale, il n'y a que du vivant. Un individu est à la fois une poussière parmi des milliards et un trésor unique.

Je ne suis pas nihiliste; je pense simplement qu'il faut mettre notre mode de vie en perspective, prendre du recul, cesser de nous croire plus forts que nous ne le sommes face aux éléments, découvrir les pensées des anciens, des autres que nous appelons "primitifs" - les Trobriandais que Malinowski a étudiés, par exemple- et essayer de nous fier d'avantage à notre environnement plutôt que de chercher à le dominer. Pour vivre plus en harmonie avec notre planète.

 

Durant toute sa vie depuis sa naissance à sa mort, l'homme est entouré d'une multitude de peurs.

 

Il y a des peurs qui sont figées dans la mémoire de l'homme adulte et qui remontent dans la prime enfance... Je me souviens de ce jour là, je devais avoir 4 ou 5 ans, à l'image des africaines qui portent leur enfant endormi sur leur dos, il y avait en ce temps là des vélos munis d'un petit siège arrière pour y placer l'enfant en veillant à bien l'attacher. Avec ma cousine Annie, nous sommes partis de mon village pour atteindre la famille dans le village de Gesves à quelque 5 ou 6 kilomètres. A mi chemin de notre randonnée, une pluie de grêlons déchira le ciel et nous dûmes nous réfugier le long de la grand route dans un coin fait par deux bâtiments, je me souviendrai toujours de cette peur là. Dans ces mêmes années, j'avais trouvé dans la range de mon père un grand bidon muni d'un gros bouchon de liège enfoncé à raz, ce bidon semblait vide en le secouant, je fis un trou dans le bouchon et y glissai une allumette enflammée, je ne me doutais nullement que j'allais assister au lancement d'une fusée, le bidon monta dans l'air, éraflant mes doigts, je le retrouvai tout cabossé à quelques mètres, je me souviens avoir dissimulé vaille que vaille la souffrance de mes brûlures à mes parents...

 

Il y a des peurs qui vous foudroient comme l'éclair pour toute la vie: je me souviens d'un oncle qui fut mis au poteau d'exécution par les nazis qui avaient trouvé dans son jardin un vieux fusil tout rouillé, après des secondes interminables, ils décidèrent de ne pas tirer... mon oncle que je visitai à Yvoir avec mon père tremblait au point de renverser sa tasse de café, il trembla toute sa vie...

 

Il y a des peurs bleues comme des idées noires, des éléphants roses et des sourires jaunes...

 

Il y a la peur des examens: encore aujourd'hui, je fais des rêves cauchemardesques que je ne connais rien en maths pour l'examen de demain, je rêve qu'en temps que prof, je n'ai pas de matière ni de cotations pour mes élèves à l'approche du conseil de classe...

 

Il y a des peurs irrationnelles, qui n'ont donc aucune raison d'être et qui vous emprisonnent, je me souviens d'un ami, la soixantaine bien faite, qui craignait le vol en avion, un jour, nous le prîmes pour rentrer de France vers la Belgique pour assister à l'enterrement d'un ami commun, lorsque notre avion atterrit à Charleroi-Sud, mon ami me glissa doucement sa peur qui n'avait pas encore prit fin...

J'ai connu dans mon village une brave vieille qui avait peur de Saint-Nicolas...Je me souviens que nous nous promenions dans le bois et qu'à la vue d'un abri de chasse, on nous faisait croire que c'était la "cabane" de père fouettard...

 

Il y a la peur des éléments naturels, la peur du tonnerre, la peur de l'éclair, la peur de la foudre, je me souviens que dans mon village d'enfance, la foudre s'abattit sur une maison du village, une boule de feu se faufila sous la porte-avant et renversa une vieille personne.

 

Il y a la peur du costume: la peur du policier ou du gendarme, la peur du chirurgien, la peur du militaire, la peur du juge, la peur du maître d'antan, la peur du douanier... je me souviens que mes parents se ravitaillaient en alcools  à Luxembourg à la distillerie Reiners qui étaient devenus des amis, ma mère avait fabriqué elle-même des culottes à poche pour y dissimuler quelques bouteilles, je me souviens même qu'elle les perdait avant de prendre le train vers Arlon. 

 

Il y a les peurs de l'accident, ici, chaque jour, je prends ces petites motos djakarta légères comme des plumes, à chaque fois, ma peur se dilue dans le plaisir de la liberté.

 

Il y a la peur du monde sauvage, ici, les animaux les plus dangereux sont les moustiques et le chien sauvage, les crocodiles, le tigre, le serpent ne sont rien contre ces ennemis de l'homme...

 

Il y a la peur du soleil d'Afrique, de ses rayons si ardents en plein midi qu'ils désarçonnent les plus téméraires, il y a aussi en même temps le bienfait et la peur de l'ombre, des ombres nocturnes fantasmagoriques...

 

Il y a la peur de perdre son partenaire et de trouver la solitude de soi... la peur de perdre l'amour et l'amitié...

 

Il y a la peur des ténèbres, je me souviens que dans ma prime enfance, ma mère m'enfermait à la cave, la cave: la seule lumière du jour par le soupirail, les souris, les rats, les araignées, la cave, on y descend toujours et puis le monde du rêve, le grenier où se trouvent les vieux jouets, on y monte toujours...là, on se retrouve dans les nuages  de l'enfance....

 

Il y a la peur de la maladie, celle de l'infirmité, celle des vieux jours, d'un corps qui vous lâche...

Il y a la peur du mal de dents comme la peur du dentiste, il y a de nos jours la peur du cancer à tel point que l'on croit toujours qu'il est transmissible comme la peste d'autrefois...la peur du sida...la peur de perdre la mémoire du temps, la peur de la folie...

 

Il y a des peurs terribles, celles de la pendaison, de la chaise électrique et de l'injection mortelle...La peur de perdre un enfant...

 

Il y a la peur des plantes, celle des champignons non comestibles et mortels...

 

Il y a la peur du feu, je me souviens que lors de l'incendie de l'Innovation, des gens se jetaient dans le vide par les fenêtres du 6ème étage...La peur du feu avait surpassé la peur du vide...

 

Il y a la peur de l'eau, celle de l'océan déchaîné, celle des inondations, du tsunami, celle du mal de mer...

 

Il y a des peurs communicatives, je me souviens qu'un après-midi, chez les peuls, nous étions entrain de regarder un film sur ordi dehors devant la maison de la chef de tribu, subitement, nous fûmes "attaqués" par un essaim d'abeilles nichées dans un baobab proche, nous avons tout quitté pour nous réfugier à l'intérieur des cases, nous n'osions plus sortir...car les abeilles sont attirées par les déodorants et les parfums subtils...Je me souviens avoir contourné le baobab pour rentrer.

 

Il y a les peurs des insomnies et celle des réveils abasourdis par les somnifères...

 

Il y a la peur de vieillir et celle de vieillir mal en oubliant le visage de nos êtres chers...

 

Il y a la peur de la foule, celle de l'attentat terroriste, la peur des rafales et de l'explosion des vitres, il y a la peur de la panique et de la frousse...

 

Il y a la peur de l'accouchement qui précède la joie de la venue au monde de l'enfant des hommes...

 

Il y a pour les riches, la peur de perdre de l'argent et pour les pauvres la peur d'avoir faim...

 

Il y a la peur des autres, la peur du rejet,  le noir, le juif, le mendiant, l'handicapé, l'homosexuel, la peur de l'Islam et des musulmans...

 

Il y a aussi de belles peurs, celles de l'artiste, du chanteur qui craint ne pas être applaudi par son public et d'être ovationné... la peur des résultats d'analyses médicales où l'on craint le pire alors que le cancer est vaincu définitivement...Il y a la peur de la séparation qui conduit à la joie des retrouvailles.

 

Il y a la peur de perdre l'enfance qui reste en nous...

 

Il y a la peur du doute et des certitudes incertaines...

 

Il y a des peurs refoulées: celle des premiers rapports sexuels, celle du corps de l'autre, celle de la timidité ou d'une trop grande audace...

 

Il y a la peur d'avoir peur et puis cette dernière peur, celle de mourir et de quitter le monde pour une vie dans un au-delà imaginaire et futile car rien ne vaut la Vie avec ses joies et ses peurs... 



04/06/2019
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